Sa jeunesse dans le Sud-Ouest

Louis Ducos du HauronAlcide Ducos Du HauronAlexandre JailleAndré Quinsac

Louis Ducos du Hauron est né à Bazas, rue Notre Dame, près de la commune de Langon le 8 décembre 1837 à 18 heures. Son père, Jérôme, dit "Amédée" est bordelais et exerce la charge de Fonctionnaire des contributions indirectes. Sa mère, Marguerite Boivin, originaire de l'Agenais est petite fille d'un député du Tiers aux États Généraux. Une famille bourgeoise dont Louis, en fait Arthur-Louis, est le deuxième enfant d'une fratrie de trois. Son ainé, Alcide, en réalité Jean-Marie-Casimir, né à Coutras le 29 janvier 1830 deviendra magistrat mais aussi homme de lettres publiant plusieurs œuvres poétiques[1], certaines illustrées de ses propres dessins. Cela lui vaudra d'être reçu en 1857 comme membre résident de la Société académique des arts, lettres et sciences d'Agen. Le troisième enfant, Berthe, est la cadette de la famille et est née à Libourne en 1842.

La fratrie passe l’enfance dans différentes villes du Sud-Ouest, Libourne, Pau, Tonneins, Agen en fonction des charges octroyées à son père.

UNE JEUNESSE SOUS LA LUMIÈRE ET LA MUSIQUE

Louis, comme ses frères, et comme le nécessitaient les règles de la bourgeoisie mais aussi sa fragile constitution, aura un précepteur à domicile après avoir fréquenté la Maîtrise d’Agen et Le Petit Collège. Il révèle rapidement des dispositions multiples,notamment en sciences, et plus particulièrement en physique et en chimie. D'ailleurs à ce titre, jeune adulte, il fera connaître ses premiers travaux sur les sensations lumineuses (étude sur la persistance rétinienne) et sur la distribution de la lumière et des ombres dans l’univers.

Mais déjà enfant, il présentait également des dispositions réelles pour la peinture et la musique. Il était un pianiste émérite et exerça ce talent musical toute sa vie, allant parfois jusqu’à l’enseigner. D’ailleurs, Camille Saint-Saëns lui adressa bien des années plus tard, cette lettre :

Bien cher Monsieur,

Je sais que vous êtes héroïque sur le piano et que les difficultés vous attirent au lieu de vous faire peur... Si vous ne connaissez pas le caprice sur Alceste (ou plutôt sur les aires de ballets de cet opéra), je prends la liberté de vous le recommander particulièrement. C'est un des morceaux que j'ai joué avec le plus de plaisir, et des pianistes célèbres n'ont pas dédaigné de la mettre dans leur répertoire de concert..."

Il n’empêche, il n'est pas insensible aux arts picturaux et plus particulièrement à la peinture dont la lumière le fascinait et dont il s'efforcera toute sa vie de percer les divers secrets. Dès 1859, sa toute première communication scientifique a pour titre l’étude des sensations lumineuses ‘(voir la rubrique « œuvre », pour consulter les différents travaux dont il est l’auteur).

Louis est en somme un artiste. Et comme nombre d'artistes, il éprouve les pires difficultés à gérer sa propre carrière, incapable de "vendre" ses inventions, subvenir à ses moindres besoins, et plus globalement, s'épanouir dans un monde de plus en plus matérialiste. Au point qu'il va vivre toute sa vie aux crochets de son frère aîné Alcide, véritable mécène et protecteur.

Leur père, Jérôme, avait bien cerné la personnalité de ses enfants. En octobre 1863, sur son lit de mort, il avait fait promettre Alcide de prendre soin de son frère cadet et d'encourager ses recherches scientifiques. Alcide ne se parjurera jamais. Il le défendra et le soutiendra jusqu'à son décès.

Il est important de savoir que l’œuvre de Louis Ducos du Hauron n'aurait jamais pu prendre un tel essor sans la présence constante, l'aide sans faille et le soutien moral comme financier d'Alcide.Ducos du Hauron. Alcide, magistrat, illustrateur, poète et écrivain qui écrivit différentes oeuvres - pièces de théâtre, légendes et poèmes cabalistiques - à propos desquels Jean-François Bladé écrivait "Heureux homme, qui a trouvé le moyen d'être satirique sans fiel et moral sans être ennuyeux" ou encore "un homme de règle et d'imagination, de sens pratique et de rêverie."

LA FRATRIE SE FROTTE AU MONDE

Aux fils des affectations professionnelles de son père (Tonneins, Auch) puis de son frère Alcide avec qui il résidera à,Agen lorsque Alcide est nommé juge suppléant au tribunal d'Agen le 14 mai 1864 , puis à Lectoure en 1866 et en 1869 "Par décret impérial en date du 11 décembre 1869, M. Ducos, juge au siège de Lectoure a été nommé juge au tribunal de première instance d'Agen" à Agen. Ils vivent alors rue Saint-Louis (actuellement rue Louis Vivent). Alcide a épousé une templaise, Marie Césarine de Foucauld, et Louis vit à l'étage, avec un laboratoire au grenier. Il tente également d’atténuer la charge qu’il représente pour son frère en donnant des cours de piano.

Auparavant, en 1864, année de naissance de Louis Lumière, Louis Ducos du Hauron prit son premier brevet pour le cinéma en mars sous le n° 61976 en désignant cette nouvelle technique de chronophotographie. On est loin des jouets du début du 19e, tels que les thaumatropes, phénakisticopes, zootropes et autres praxinoscope qui animaient alors des images dessinées.

En 1866, alors qu'il réside à Lectoure où Alcide vient d'être nommé juge, il va se plonger dans la quête passionnée de saisir les couleurs. Il n'est pas alors photographe mais ces recherches vont l'amener à se lancer avec l'aide probable de pharmaciens et photographes lectourois dans l'obtention de ces premières photographies colorées.

Selon le célèbre illustrateur Jean-Claude Pertuzé, les Ducos du Hauron habitait une belle maison à l'angle du bas de la rue Fontélie. Il s'agit d'une déduction qui s'appuie sur une photo que Louis Ducos du Hauron a pris d'un balcon de cette demeure.

"Paysage sur nature pris à Lectoure" (une des photographies que Louis Ducos du Hauron pris de son domicile)

C'est probablement pendant ce séjour à Lectoure puis celui à Agen qu'il commence ses expérimentations couleurs. Pour s'en convaincre, il suffit de savoir que la célèbre et toute première épreuve "Feuilles et fleurs", du musée Niepce est datée de 1869.


L'année suivante donc, retour d'Alcide sur Agen en qualité de juge au tribunal civil. Louis, Alcide et Marie vivent alors cours Saint-Antoine, puis un peu plus tard, en 1869, déménagent à l’angle des rues Scaliger et Lamenais


C'est pendant cette période foisonnante qu’il dépose de nombreux brevets d’importance. C’est également alors qu’il s'engage par les chemins, sa chambre photographique sur l'épaule afin de réaliser les premières photos couleurs d'Agen.

Il n'est pas seul à s’intéresser à la photographie et surtout à la couleur. Lorsqu'il soumet à la Société Française de Photographie (SFP) son tout premier procédé de photographie en couleurs par trichromie, sous le titre "les couleurs en photographie, solution du problème" le 7 mai 1869, Charles Cros présentait le même jour, un procédé identique !

Qu'ils soient deux, peu importe, tous deux sont les inventeurs de la photographie couleurs. Sauf que Louis, en apporte la preuve avec des clichés, jetant les bases théoriques propres à permettre une production industrielle

Les travaux de Louis ne s’arrêtent pas à cette invention. Après l'héliochromie, il s’attèle à des recherches optiques en particulier sur l'anamorphose. Le procédé qu'il met au point est toujours appliqué dans les observatoires astronomiques. Il se lance dans des recherches qui aboutiront également à l'invention du cinéma. Et pourtant, la gloire se fait attendre. Les seuls lauriers qu'on lui délivrera seront quelques breloques : celle du Palais des Champs-Élysées en 1870, celle de la 11e exposition de la Société Française de Photographie et celle de l'Union des Beaux-arts en 1876 et enfin, celle de l'Exposition Industrielle d'Agen qu'accompagnera celle de la médaille d'honneur de la ville en 1879.

Ses premières photographies couleurs seront présentées au grand public à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1876. C'est à cette occasion qu'un industriel de Munich, Eugène Albert, entrevoit l'application industrielle de ses découvertes. Il lui propose une fortune pour exploiter son procédé en Allemagne. Par pur patriotisme, et espérant toujours un développement industriel français, Louis décline l'offre. La guerre de 1870 a laissé quelques traces dans le patriotisme du français. En outre, il a quelques espoirs de voir son invention utilisée par un imprimeur toulousain.

Dix ans plus tard, en 1881 nouveau déménagement rue Palissy, toujours à Agen, pour peu de temps, car Alcide, juge au tribunal d’Agen, est nommé conseiller à la cour d’appel d’Alger le 25 janvier 1881. Louis, plongé dans ses recherches, et travaillant à la création d'une imprimerie couleurs toulousaine, ne peut en effet l'accompagner. Les deux frères décident de se séparer. .Louis s'installera dans un belle demeure agenaise rue Lamouroux avec sa belle-sœur et les enfants de son frère ; Alcide adressant régulièrement de quoi subvenir à leurs besoins et afin que Louis Puisse poursuivre ses recherches. Sa femme, ses enfants et son frère Louis ne le rejoindront qu’en début 1884.

DE SES PROPRES AILES

Louis ne va pas passer sa vie à affronter les expériences scientifiques. Mais elles l'accaparent de plus en plus, qu'elles soient en laboratoire, ou à l’extérieur en affrontant pour la première fois le monde industriel. Son projet est une entente avec l’agenais Alexandre Jaille[2]et quelques autres bailleurs de fonds afin de créer une imprimerie trichrome à Toulouse. Louis Ducos du Hauron part pour Toulouse, pendant 11 mois, travaillant à l'organisation la fabrication et surtout l'obtention et la production des négatifs trichrome. Son imprimerie trichrome voit officiellement le jour à Toulouse sous forme d’une société agenaise annexée aux ateliers de photocollographie que dirigeait André Quinsac au 3, rue de l'Aqueduc. Louis s’y consacre totalement à tel point qu’il oublie de correspondre avec son frère qui s’inquiète de son silence. Louis doit affronter les difficultés techniques de mise au point de son procédé mais aussi de difficultés relationnelles avec le chef d’atelier, un certain Despans. La séparation avec Louis est si difficile à vivre pour Alcide qu’il fait tout pour revenir exercer en métropole. Puis, ne pouvant obtenir de mutation, il se fait à l’idée de faire venir son frère à Alger. D’autant qu’un des élèves de Quinsac, un certain Portier, tient un atelier à Alger. Pourquoi dans ces conditions Louis ne pourrait y exercer ? Alcide qui tente par ailleurs d’imaginer des solutions d’autofinancement de l’atelier toulousain suggère la réalisation des portraits en héliochromie de célébrités afin de promouvoir leur image. Le premier à se laisser tenter est Philippe d'Orléans , Comte de Paris (1838-1894). Mais malgré l’excellent résultat, ce dernier abandonne d’idée d’une commande en nombre préférant la gravure en N&B.

Suite de l'aventure dans la période La période algéroise

[1] Il est l’auteur de nombreuses poésies éditées pour la plupart à Agen mais aussi de « Les noces de Poutamouphis » chez Poulet-Malassis et de Broise en 1861,« La Danse Macabre au XIXe siècle » chez P. Didot en 1864, « La Grange du Diable » chez l’imprimeur Bonnet en 1865 et « légende Poétique » avec deux dessins de sa main. A noter que « Les noces de Poutamouphis » et « La Grange du Diable » ont été réédité par hachette et la BNF en 2013 et 2016.

[2] Alexandre Jaille (1819-1889) est un ingénieur agronome qui fonda une droguerie agenaise en 1851. Mais il est connu pour s’être associé en 1866 avec Georges Thomas, manufacturier connu pour avoir été le cofondateur de la Chambre de Commerce et d’Industrie d’Agen dans le but de construire la maison "Georges Thomas et Cie", qui deviendra par la suite "Droguerie Centrale du Sud-Ouest"Le bâtiment existe toujours rue des Frères Magen et est non loin de la maison des Ducos de Hauron boulevard Scaliger. Alexandre JailAuchle fit également construire au 7 rue Auguste-Gué, à Agen un hôtel particulier par l'architecte départemental Léopold Payen en 1874 et inscrit au titre des monuments historiques le 20 décembre 2002